SSF- POPEYE TUNISIEN NOUS PARLE DU PATRIMOINE ET DES RICHESSES MARITIMES D’EL HAOUARIA | WWF Tunisia

What would you like to search for?

Our News

SSF- POPEYE TUNISIEN NOUS PARLE DU PATRIMOINE ET DES RICHESSES MARITIMES D’EL HAOUARIA

À la rencontre des gens de la mer à Haouaria

Voyage à travers le temps avec Kaïs Raïs

Sous le soleil brûlant du début de la saison estivale, nous rencontrons un brave homme nommé Kaïs Raïs qui se présente comme capitaine marin, d’El Haouaria petite ville située à l’extrémité nord-est du Cap-bon Tunisien.
Ce Popeye d’El Haouaria nous accompagne durant une journée entière afin de nous raconter des histoires et des anecdotes, tristes et rigolotes sur le riche patrimoine maritime et terrestre d’El Haouaria. 
Il commence son récit par nous faire connaître la madrague ou encore appelé localement “Tonnara”. Une technique de pêche destinée à la capture du thon principalement. Cette méthode méditerranéenne a été employée d’abord par les phéniciens puis développée par les arabes en l’an 1000 (article MMI: Blue fin legacy: the link between fish and people https://medium.com/@WWF/bluefin-legacy-the-link-between-fish-and-people-51481ac6993c) en Tunisie, les premières pratiques de Tonnara remontent  entre 1817 et 1825 et a été officiellement suspendue en l’an 2000. La technique consiste à construire des structures immergées  sous forme de chambres en mer et à pêcher différentes espèces de thonidés de passage par la zone dans laquelle se trouve la madrague. La construction et la saison de pêche par la madrague dure dans les environs de 6 mois. La mise en place des différentes composantes de la structure commence à partir du mois de Janvier ainsi, le dispositif peut capturer jusqu’à 500 tonnes de thon en une seule saison de pêche. Kaïs nous dessine avec son doigt sur la plage dar Dupuit  d’El Haouaria un schéma simplifié de la structure de la madrague qu’on construisait  jadis. Il semblait connaître par coeur les noms des différentes composantes de la madrague, les directions exactes du passage des espèces de thon mais aussi les ruses utilisées par les pêcheurs maîtrisant cette technique pour une pêche extrêmement réussie.
 
L’histoire de Salah Daoaued , l’homme qui a honoré la Tunisie en dupliquant la technique de la madrague d’un capitaine espagnol 
Il est quasiment impossible de parler de la madrague sans évoquer le nom de Salah Daoud.Ancien petit pêcheur ayant déjà travaillé avec les capitaines espagnols qui détenaient le secret de l'architecture ainsi que le fonctionnement de la madrague, Salah voulait être autonome et a pensé à réaliser sa propre madrague. Le génie de Salah s’est manifesté quand il a rassemblé tous les anciens pêcheurs et ouvriers Tunisiens  ainsi que leurs femmes qui ont déjà de l’expérience et ont contribué à la construction d’anciennes madragues. Il a reconstitué sa propre équipe et a attribué à chacun son ancien métier. Il a tout misé sur l’expertise et le savoir-faire de ses compatriotes. “Personne ne saura faire ton travail mieux que toi-même” précise Kaïs. C’est grâce à l’union des travailleurs et la parfaite coordination chapeautée par Salad Daoud que la première madrague cent pour cent tunisienne a vu le jour.
 A la vue des grands bateaux de madrague abandonnés en mille morceaux sur la côte du port de Sidi Daoud, les larmes aux yeux, Kaïs se confie: “Quand j’ai appris que la madrague n’est plus autorisée et que nous n’allons plus pratiquer cette technique de pêche, nous étions tous désolés pour cette triste nouvelle et maintenant, les beaux jours des aventures avec les gros poissons en mer me manquent tant!”. “Si ta vie commence en mer, la mer ne te lâchera plus jamais. Aujourd’hui, je suis un pêcheur malade, pauvre et nostalgique” a-t-il ajouté en soupirant.
Aujourd'hui, il ne reste plus rien de l’ancienne pratique de la Tonnara de sidi Daoaued, mais l’histoire de Salah Daoued est toujours contée aux pêcheurs de Haoauria comme hommage à l’homme qui, grâce à sa ténacité, a su défier la nature et contribué à l’autonomie alimentaire de sa région.

Petits pêcheurs de Haouaria, protecteurs de la mer
Ensuite, nous nous dirigeons vers un petit café situé dans une région nommée Borj Essalhi . Nous avons eu la chance d’être accueillis par un groupe de pêcheurs qui s’y rassemblent la plupart du temps.
A peine les présentations faites, les pêcheurs commencent à faire surgir leur tristesse par rapport à leur situation actuelle et se mettent à citer les défis rencontrés dans leur métier principalement face aux autorités et à la pêche industrielle. Les conflits les plus communs tournent autour de l’injustice qui existe entre les différents profils de pêcheurs. Les pêcheurs mettent l’accent sur le fait qu’ils soient de toute volonté pour protéger la mer qui est “la source de notre pain quotidien” précise l’un des pêcheurs. Ils tiennent à respecter les différentes saisons de pêche,  les restrictions de pêche au niveau des aires marines protégées comme Zembra et Zembretta (interdiction de pêche 1,5 miles aux alentours de l’archipel zembra et Zembretta) situées pas loin d’El Haouaria mais aussi ils tiennent énormément à ne pas polluer l’endroit où ils pratiquent leur métier. Ils croient dur comme fer en leur rôle de protecteurs de la mer.
 
“Pourquoi la loi relative aux espèces interdites de pêche et les techniques de pêche qui nuisent à l’environnement marin ne s’applique-t-elle que sur les petits pêcheurs? Pourquoi ne pas interdire les grands chalutiers et suspendre leurs activités quand ils commettent erreur?” crie l’un des pêcheurs. Il semble être fou de rage suite à des mésaventures face aux autorités qui lui ont interdit certaines activités et qui n’ont pas du tout réagi quand il s’agissait de gros engins de pêche tels que les chalutiers industriels.
Il faut savoir qu, que les pêcheurs ne pratiquent leur métier que cent jours par ans à cause des conditions extrêmes imposées par la nature. Cent jours durant lesquels ils doivent assurer les dépenses de leurs familles et garantir un budget minimum avec lequel ils pourront survivre le restant de l’année.

Le dénouement de l’échange avec les pêcheurs
La conversation étant très intense, nous partageons avec eux l’idée du groupement des pêcheurs. L’idée ayant déjà été réalisée dans la ville de Tabarka au nord de la Tunisie dans le cadre d’un ancien projet MED MPA Network. Simple idée qui consiste à rassembler tous les pêcheurs de la région en une coopérative (Groupement de développement de la pêche) et à qui désigneront par élection les membres du comité de direction  afin représenter leur intérêt et leur donner une voix et une représentativité au sein de la profession. Cette initiative qui mettra plus de chances du côté des pêcheurs pour obtenir du soutien financier, logistique et technique de la part des différentes parties qui pourraient avoir un impact direct sur la situation du petit pêcheur. L’idée semble leur plaire et ils sont complètement preneurs.
La mission du Groupement de Développement de la Pêche Artisanale (GDPA) sera de garantir une meilleure organisation et représentation des pêcheurs dans la profession. Afin de participer notamment à la prise de décision, avoir un meilleur accès aux financements étatiques, participer à la cogestion de l’espace marin et de la future aire marine protégée de Tabarka (lire l'article: https://www.leconomistemaghrebin.com/2020/01/29/tabarka-wwf-afrique-du-nord-appuie-les-pecheurs-petit-metier/)
 
 
Des idées innovantes pour des virées impressionnantes
A la fin de notre visite, nous constatons que, malgré les conditions injustes et la vulnérabilité des situations socio-économiques des différents pêcheurs, la plupart de ces derniers tiennent corps et âme à Haouaria qui est leur ville natale. Ils ne veulent absolument pas quitter et songent à innover des aspects de leurs métiers afin d’augmenter leur revenu sans pour autant nuire à l’environnement et les richesses maritimes et terrestres qui les entourent. Certains ont trouvé une solution en se convertissant en agriculteurs maraîchers durant les périodes de mauvais temps, une piste intéressante pour avoir des revenus supplémentaires.
Moult idées ont été évoquées et discutées avec les pêcheurs telles que la diversification de la pêche, un aspect sur lequel le WWF a déjà travaillé dans d’autres villes côtières dont  un musée à ciel ouvert dans le port de Sidi Daoud dont les restes des bateaux constituent l'élément principal et aussi une aire de camping afin de mieux gérer les amoureux de la nature qui veulent profiter des beaux paysages d’El Haouaria.
 
WWF Tunisie